dimanche 2 août 2009


Je connais la musique de TERRY EDWARDS en solo depuis quelques années déjà, sans jamais m'être vraiment intéressé à ces projets parallèles (Gallon Drunk, Big Sexy Noise avec Lydia lunch..) ou participations (Pj harvey et tant d'autres, allez voir sur son site, c'est impressionant !!!) , bref, j'ai jamais vraiment été un grand fan non plus, mais ce morceau "i like my low life low" sur son album "i did'nt get where i am today" sorti sur Wiija, je crois, en 1999. Un truc de malade ce titre à la Stooges en plein milieu de ce disque casi instrumental, plutôt tranquillou... j'ai passé ce morceau peut être une centaine de fois à la radio, une telle lourdeur, la batterie toute seule en plein milieu qui continue, qui résonne à la Shellac, et ça repart sur ce solo de sax completement taré, furieux... Putain , le saxophone dans le rock, y'a des fois où c'est magique... Nous, en France, on a un problème, on a été bercés au solos de sax dans "je marche seul " de Jean Jacques Goldman ou encore, le fils de Pierre Richard dans Blues Trottoir... bref, j'vous vois venir avec vos yeux de merlan fris quand à cet interview de saxophoniste...
Parlons donc de... saxophones, hum hum ? et de la place du saxophone dans le rock, par exemple...

J'ai commencé à jouer du sax (après avoir appris le piano, la trompette, et tout d'abord la guitare) surtout à cause de Davey Payne de Ian Dury & the Blockheads, et Earl Bostic. Payne est un musicien vraiment versatile, capable de jouer de deux saxs à la fois, jouer du rythm and blues classique ou bien simplement jouer les notes qu'il faut au milieu d'une chanson commercial, comme King curtis l'a fait a beaucoup d'occasion... Les pionniers du Punk, The Damned avait le free-jazzeux Lol Coxhill qui jouait sur un de leurs morceaux, et ça a du m'ouvrir les oreilles vers 77/78.


Euh, Earl Bostic? je suis désolé, c'est la honte mais je n'ai jamais entendu parler de lui... (un peu de culture ça fait pas de mal...)


Earl Bostic est une sorte de héros oublié. Il y a peu de documentations sur lui mais il a énormement joué, a commencé dans les années 30 dans l'orchestre de Lionel Hampton (note de Michel Jonasz: ok , ok , ok , ok !!!) (ndlr: désolé...) entre autres. Les gens qui ont joué avec lui, y compris John Coltrane avec qui il a fait sa première session studio, Teddy Edwards (ndlr: rien à voir avec Terry Edwards...) qui a travaillé avec Tom Waits, Stanley Turrentine, Richard 'Groove' Holmes, Jimmy Cobb (Batteur sur le "Kind Of Blue" de Miles Davis) etc etc etc... Bostic a eu beaucoup de mauvaise presse de la part des journalistes jazzeux qui le prenait pour un musicien "commercial" parcequ'il a fait quelques hits en dehors de sa brillante carrière avec Lionel Hampton etc...sa version de "Flamingo" s'est vendu à un million d'exemplaires. Son style de jeu a été très précurseur du son rock'n'roll y compris chez King Curtis (ndlr: c'est qui?). Il a completement élargi les possibilités de l'instrument en utilisant les harmoniques, une technique que tout le monde a utilisé ensuite, Coltrane le premier. Feu John Peel était un grand fan. Je pourrais en parler des heures...

Tu parlais des Damned, est-ce que le punk anglais t'as ouvert l'esprit? quels groupes??Clash ? Buzzcocks ? Slits ? Maximum Joy (elles avaient un sax..)?


Les Damned étaient les premiers à faire des disques (ndlr: ah ?), du coup, ceux qui ne pouvaient pas aller voir les groupes pouvaient au moins les entendre. Ils ont aussi été les plus rapides pendant un moment et, de loin, les plus excitants. Ian dury & the blockheads étaient importants aussi. X-Ray Spex avait un saxophoniste mais ça m'a pas emballé plus que ça.


C'est ton instrument principal. Comment en es-tu arrivé au rock? je veux dire, la plupart des gens qui joue du sax en reste au jazz ou au classique, plutôt que d'aller voir plus loin que ce qu'on leur a appris...

Bizarement, j'ai étudié la trompette et le piano, mais j'ai appris tout seul la guitare et le sax, donc je n'ai pas eu trop de problèmes de "règles "avec le sax. Le mauvais côté est mon manque de connaissance en jazz... peut être que ce n'est pas un mauvais côté après tout... Une chose que j'ai appris lors d'une des seules leçons que j'ai eu est que l' instrument doit être traité comme tel, pas comme une grosse clarinette. Le sax bariton est un bon substitut pour la guitare ryhtmique- tu peux souffler des "power chords" dedans. L'alto peut être utilisé comme une guitare lead. (ndlr: une guitare laide ?). il faut juste penser à l'extérieur de la boîte. (ndlr: de jazz ??)

ZU, BLURT, CAMP BLACKFOOT, NAKED CITY etc... sont le genre de groupes de rock avec saxophones que j'aime bien (ndlr: j'aurais bien mis Louise Mitchel's, mais bon, là, je suis sur qu'il connaissait pas...) tu les connais? tu apprécies? pas? pourquoi?
J'ai vu Blurt ouvrir pour Ian Dury au début des années 80 et ai joué avec eux plusieurs fois depuis. Ted Milton est un grand innovateur. Il jouait ce que la presse anglaise apellait le punk-jazz, bien avant tout le monde. Le premier album de Naked City est sans doute le plus grand album de tous les temps, et fait même passer Sgt Pepper's pour un disque un peu fade... Les Lounge Lizards de John & Evan Lurie's ont brisé beaucoup de barrières - et James chance aussi. (ndlr: ah oui ! James Chance... jai passé des années à passer à côté de ce nom sans y prêter attention... )

Il y a beaucoup de différences entre chaque morceau, de style de musique je parle...

Mes albums avec the Scapegoats sont certainement influencés par John Zorn, mais plus que de jouer plusieurs styles différents dans un seul morceau, je préfère jouer un style de musique à la fois. le style James Taylor quartet de "boots off !!" à côté du "i like my low life low" (ndlr: mon titre préféré, de loin !!!). Le sax des Stooges, Steve McKay est certainement une grosse influence aussi., "Funhouse" est un album clé dans l'introduction du sax dans le rock, ça a dépassé tout espoir. Le dernier disque de Gallon Drunk, "the rotten mile" doit beaucoup à ce disque. C'est aussi le premier disque où je joue principalement du sax tenor plutot que du alto ou du bariton.

Je viens de voir la rubrique "sessions d'enregistrement" sur ton site, c'est vraiment intéressant... Comment tu t'es débrouillé pour jouer sur tant de disques différents ? Talent, chance, contacts, travail?

Les quatre à la fois j'imagine, chacun à des degrés plus ou moins élévés ! Un coup, quelqu'un entend un truc que t'as fais et voudrait un truc dans le genre pour son disque, et puis les années passent et tu commences à connaître un paquet de gens dans la musique...

les notes à propos de chaque enregsitrement sont marrantes, je suis bien content d'interviewer le gars qui fait la guitare sur "walk like an egyptian" !!


J'ai juste joué sur un remix des années 90, mais c'était un chouette truc à faire !


Et tu joues encore avec Snuff ?


Ils se sont reformés en trio, je n'ai donc pas fais les concerts récents, mais Duncan a un nouveau projet d'enregistrement qui s'appelle Bonzer. J'ai joué dessus et j'espère que ça sortira cette année !


Quelle est ta vision de.. la musique idéale?


ha! ça dépend de mon humeur. L'album "I didn't get where I am today" indique où est ma tête assez souvent. Largement instrumental avec des riffs lourds, à côté de quartet de trompettes, une reprise d'Iggy, un morceau court, et des pièces étirées comme le montage du titre de l'album ... J'écoute JS Bach, du rare-groove, Jimmy Smith, Ornette Coleman, Dr Feelgood et Harpo Marx.


Tu as monté ton propre label... que penses-tu du "music business" aujourd'hui? comment tu gères ton label ? choisis les artistes etc... ??


J'ai commencé mon label, parce que je savais que personne ne me considererait suffisament pour me signer avec un contrat décent, et je voulais avoir le controle sur mon back catalogue et les futures sorties. C'est une passion. Je sors les trucs que j'aime et dont je pense que tout le monde aimera (quel évangeliste !!)... Je pense que pour vendre quelques disques aujourd'hui, les gens veulent l'objet autant que les mp3. Les deux samplers de mon label ont des packaging plutôt cools, l'un a un stylo dans la tranche, l'autre une cigarette. Et les sorties vinyls, sont sur vinyl couleurs ou ont quelque chose de différent par rapport au cd. Sartorial Records est un label surtout lié à moi, je participe à presque tous les disques qui sortent dessus. Certains disques sont ceux d'amis, qui bénéficient, du coup, de la distribution que j'ai en place. J'ai pas vraiment le temps de travailler dessus à part sortir les disques... Il n'y a vraiment pas assez d'heures dans une journée... Je dois répéter, enregistrer, faire des concerts etc... et je dois sortir ma propre musique - et celle de quelques autres. Mon gros problème est d'arriver à attirer les gens vers le site de mon label. Je suis sur que n'importe qui y trouverait, au moins, un truc qui l'intéresserait, ou lui donnerait une chance de l'écouter. T'as pas une idée?

Bah.. pas vraiment... les gens ont souvent tendance à se pencher sur un seul style de musique en particulier, du coup, un label qui sort un peu tout et n'importe quoi, les gens ne retiennent que le côté n'imorte quoi... Les raisons pour lesquels tu as monté ton label me semblent logiques, mais où en es-tu par rapport aux disques ? crois tu que ça existera encore dans quelques années?


La radio a changé en Anleterre en 1967 quand les stations ont été renommées - Radio 1, Radio 2, Radio 3, Radio 4. J'avais 7 ans et on avait une platine à l'époque. On m'a donné de l'argent et je me suis acheté un disque. Je me suis acheté "Legend Of Xanadu" de Dave Dee, Dozy, Beaky, Mick & Tich. Je crois que The Fall l'ont repris des années plus tard !!
Du point de vue ma génération d'amoureux du vinyl, les "luddites" ( ndlr: j'ai mis au moins 15 jours avant de me pencher sur le problème de traduction de Luddites, avant de le traduire comme ça... merci Lucien. "Kill a luddite for salvation".) qui achètent encore de la musique disparaissent, mais, heureusement, je pense quand même que les disques existeront toujours. Mais plus je bosse sur le label, moins je fais de la musique, donc je me concentre sur les sorties que je juge essentielles.

La suite de cet interview aurait pu se dérouler en direct quand j'ai réalisé que Terry jouait avec Lydia Lunch aux nuits sonores, Terry Edwards a eu la présence d'esprit et la gentillesse de me proposer deux invits, que j'ai accepté bien evidement, mais que je n'ai pas réussi à honorer de par ma présence... Ah, les nuites sonores....